Défi d’écriture #3 : les contributions

Le thème du Défi #3 : « Vue d’en Haut / Vue d’en Bas »

Il s’agissait d’explorer des formes courtes d’écriture en réalisant autant de « Flash Fictions » (ou micro-fictions) que vous le souhaitiez, de maximum 100 mots chacune.

Nous vous invitions à varier les points de vue : au sens large ou resserré… littéral ou figuré… figuratif ou abstrait… poétique ou/et politique… ; à penser aux différents genres : faits divers, fragments, tweets ou textos, micro-nouvelles instants ou à chutes… ; ainsi qu’à travailler en diptyque, pour faire se confronter, s’opposer, se répondre, se croiser les regards.

Nous remercions chaleureusement toutes les personnes qui nous ont transmis leur contribution et vous souhaitons une bonne lecture !

Découvrez aussi les textes du défi d’écriture #1 – « Terre du futur » et du défi d’écriture #2 – « Les trésors enfouis de la maison ».

« Vue d’en Haut / Vue d’en Bas »

Vue d’en bas

L’horizon ; ce point d’ancrage qui se confond entre ciel et mer. En haut de cette perspective plate, le ciel. Immense étendue de vide pleins de nuages, d’oiseaux, d’avions et de papillons. En bas la verticalité de la profondeur de la mer. Ce vide béant ou s’engouffre, poissons, bateaux et sirènes.

Je lève les yeux bien au-dessus des tiens et je vois ton front. Cet espace de peau sillonnée entre la base de ton cuir chevelu et tes sourcils épais. Dans chaque sillon j’y vois l’horizon de nos vies éparpillé entre marées hautes et marées basses. J’y vois aussi des pentes ; des montées et des descentes qui retracent nos sentiments. Des rides de vie élimées par le temps. Notre temps !

Vue d’en haut

Du haut de ce sommet j’aperçois de vastes étendues, des perspectives de couleurs et des formes. Je zoom sur un point, je vois des contours plus précis et des nuances plus affirmées. Focus sur une zone, je vois un édifice flanqué d’une colline au vert émeraude et bordé d’une eau azur. L’objectif se resserre encore ; je vois un homme adossé au mur de la maisonnette, une femme qui étend son linge et un enfant qui joue sur une balançoire usée. Mon œil s’avance encore plus profondément pour s’ancrer dans la terre et je vois des fleurs colorées, des fourmis alignées et des papillons qui s’envolent.

En bas il y a le soldat qui se cache au fond de sa tranchée pour ne pas se faire repérer. Il se tapit contre son barda et son fusil en espérant qu’on ne le voie pas.

Sous lui, la terre mouillée et retournée d’avoir recrachée tant de bleusailles éventrées.

Sous elle, les racines ensanglantées qui s’enfoncent toujours plus profondément et qui regimbent partiellement des bouts de peaux, des bouts de morts.

Sous elles, des bourgeons, des fleurs, des odeurs.

La naissance de la vie vient de la mort.

Sandra R.

 

  • « Vu de là-haut, tout est si étriqué, dérisoire, sans histoire. Ridicule pays de fourmi, petit comme un mouchoir! Je fonce, aérien, léger, porté par l’alizée. Ma vitesse ? supersonique! »

 

  • « Je t’attends, je t’espère ! »

 

  • « Des jardins corsetés, un fatras de maisons, des toits enchevêtrés. Je suis de vos nuits, de vos soirs, vos pires cauchemars. Racé, je ne rugis pas mais on m’appelle tigre! Mes pattes sont rayées, mon ventre aussi ! Stylé ! »

 

  • « Je t’attends, je t’espère ! 

Mes fils je te tends

Rampant à ras de terre»

 

  • «  Quel vol plané audacieux, piqué bien amorcé, virage parfaitement négocié! Très pro je vais plonger! Dans vos chairs molles je pourrai bien pomper… Je sais rester discret! »

 

  • « Je t’attends, je t’espère !

Mes fils je te tends

Rampant à ras de terre

Je sais prendre mon temps

Je suis l’épeire ! »

 

  • «  Je me délecte déjà ! Elégant, je frôle un buisson, la tige d’un liseron! Royal, je cherche à me poser. Pauvres imb….. »

 

  • « ça y est, je t’ai ! »

Martine C.

 

Vue d’en haut

Suis grimpée sur l’arbre le plus haut du jardin. Personne ne me voit. Si maman savait ça, ça barderait pour moi. Je regarde ses bras fins étendre son linge. Elle a remonté ses cheveux. Je vois à travers les branches la pointe du vieux crayon qu’elle a planté dans son chignon. Elle porte l’une ses robes d’été, la blanche à bretelles, boutonnée sur le devant.

« Sonia, où t’es-tu cachée encore ?»

Le voisin, sur une échelle, genre « Je taille mes haies », en fait, il reluque ma mère, le vieux grigou. Je le déteste ce type.

Vue d’en bas

Cachée sous la table, petite, pendant les grands diners en famille. A quatre pattes je progressais tête en avant, entre pieds et jambes d’adultes qui ne prêtaient plus attention à moi, fin de repas bien arrosé.

Rougir à la vue des liserés en dentelle des jupons de tatate Germaine, s’amuser des chaussettes en accordéon de Paul, je tirais quelques poils de jambes d’hommes, me sauvais à l’autre bout de la table pour faire croire que c’était mon cousin Jérôme le coupable.

Jolies jambes de ma sœur Annie, minijupe écossaise et longues chaussettes remontées jusqu’aux genoux.

Vue d’en haut

Le toit de tuiles roses et grises, puis l’étendue du stade, la centrale électrique et au loin la Sainte Victoire. Elle est encore plus petite ma mère, vue d’ici. Blonde, rose et toute en finesse. J’aimerai lui ressembler, mais j’ai tout pris de mon père, ses cheveux presque noirs, ses yeux bruns verts, sa peau mate, sa carrure massive. Mais, je suis forte, comme lui, je grimpe aux arbres.

Il rentre avec sa camionnette, ma sœur est assise à coté de lui, il est allé la récupérer à la sortie du lycée.

« Sonia ! Ils sont là ! »

Vue d’en bas

Papa met sa main sur la cuisse de maman. 9

Grosse main brune aux ongles qu’il a brossés très fort dans la salle de bain pendant que je me peignais, doigts rongés par le travail sur la jupe vaporeuse vert pale de maman, d’où, dans un délice de fronces froufroutantes de dentelles blanches anglaises, deux fines jambes se croisent, se décroisent, désinvolte jeu de ciseaux sur fines chevilles et petits pieds nerveux. Pointe d’un escarpin blanc suspendue, qui marque la cadence d’une conversation rieuse, pied gauche nu qui se colle et se frotte au mollet de papa.

Isabelle D.C.

 

Vue d’en bas

Une montagne parait grande d’en bas. Ses formes pointues, longues, sèches ou avalées par la nature. Le regard se perd dans ces vieilles crevasses que le temps a formées. Accueillante comme un foyer, magnifique comme les yeux d’une mère, mystérieuse par l’inconnu et aussi respectée qu’une déité. On se dit d’en bas qu’on aimerait voir ce que la montagne voit depuis sa naissance, depuis qu’elle surveille et protège la vie, je le dis en un mot : la beauté du paysage vaut toutes les pierres précieuses.

Vue d’en haut

La montée était difficile, les rencontres étaient variées entre l’humain et la faune et la flore. Ceux qui trébuchaient sur ses pierres blanches s’en frottaient le menton, laissant une marque rouge sur le passage. Au sommet, un monastère en bois construit pour les plus endurants et pour les pèlerinages. Le corps souffrait de la montée et il se reposait sur le socle de la croix que l’on voyait de loin. L’inconnu devenait la découverte. Des champs à perte de vue, les routes serpentines et le soleil brillait sur toute la terre. La descente, avec regret, car c’était trop beau pour partir.

Camille V.

 

Je me suis posée sur un banc, dans une ville sans nom. Le temps a passé. En levant les yeux vers le ciel, j’ai vu les feuilles tournoyer, puis les flocons tomber, puis les arbres renaître, et çà a recommencé. Il semblait qu’il y ait du mouvement autour de moi, mais je ne voyais rien. En regardant vers le bas, j’ai vu mes larmes couler, par vague, au rythme des saisons. Je suis restée immobile attendant une main tendue qui ne viendrait plus.

Quand tu es au-dessus de moi, je reçois ta lumière. Quand je suis au-dessus de toi, je t’envoie ma lumière. J’aime être dans ta musique. Elle m’entraîne vers les sommets, elle me rend légère et créative. Tu m’as dit un jour que tu étais un homme comblé. J’ai été comblée. Nous sommes deux amoureux, auxquels je voudrai simplement dire : je nous aime.

Armelle L.


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