Défi d’écriture #1 « Terre du futur » : les contributions

L’atelier écriture adultes continue à distance malgré le confinement !

Le thème du Défi #1 : Le monde que nous connaissons aujourd’hui n’existe plus offrant à l’humanité une chance d’inventer un monde nouveau. Votre histoire se situe après le bouleversement. Vous bâtirez une nouvelle société, établie autour d’une nouvelle organisation sociétale. L’humanité repart à zéro en tirant les leçons des erreurs du passé…

Nous remercions chaleureusement toutes les personnes qui nous ont transmis leur contribution ! Nous partageons ces textes avec vous, en espérant lire la suite un jour !

Pour découvrir et participer au Défi #2, c’est par ici.

Terre du futur

La Lada avançait lentement entre les hautes herbes, lestée de vingt caisses de pommes récoltées la veille dans le verger de la propriété. Elisa et Matthieu les avaient rangées avec soin, bien calées dans le coffre et sur la banquette arrière du véhicule. C’était leur première récolte de pomme, ils auraient bien aimé fêter ça avec toute l’équipe, mais ils devaient les déposer à l’entrepôt de l’AMAP de Gardanne, puis rentrer manger, se laver, se changer avant de filer sur Marseille, la convocation était à 15h00.

Après leurs 83 jours de confinement, tous les deux collés quasi non-stop à leur écran, casque sur les oreilles, clavier et souris comme les nouveaux prolongements de leurs deux bras, à deux mètres et demi l’un de l’autre dans leur petit salon, ils avaient d’abord et avant tout autre chose voulu profiter des trois jours de congés payés exceptionnels accordés à tous les télétravailleurs, personnels de supermarchés, éboueurs, et autres salariés qui avaient dû continuer à œuvrer pendant le confinement. Les soignants, eux, avaient eu deux semaines de plus, mais la plupart ne pouvaient pas encore les prendre, si l’épidémie était endiguée, il fallait encore poursuivre la campagne de test de dépistage, poursuivre les soins pour les derniers malades, reprendre ceux pour tous ceux qui n’avaient pas été voir leur médecin depuis deux mois et demi, et accélérer la vaccination.

Voler voir leur famille et leurs amis ! Les embrasser, les respirer, les tenir dans leurs bras ! Puis filer à Saint Maximin chez Phiphi et Béné pour retrouver tous les potes et faire une méga fête, plus belle que tous les plus beaux réveillons du 31 ! Pleurer de joie avec eux tous d’être passés au travers de la tempête, certes au prix de plus de deux mois terrés chez eux, mais victorieux. Ils n’assisteraient pas aux diverses cérémonies, ils n’iraient pas applaudir les soignants, non, ils voulaient juste retrouver les leurs. Ils se feraient vacciner en rentrant. Ils avaient posé leur congé auprès de leurs entreprises respectives sans réfléchir, dès le 14 juin au matin, par mail, sans même attendre la réponse de leur employeur.

Bagages légers d’une main, sac à dos, bouteilles de champagne soigneusement conservées pour cette occasion, qu’ils avaient achetées dès la troisième semaine de confinement, alignées dans deux cartons de l’autre, ils avaient dévalé les escaliers, téléphones à l’oreille, pour prévenir tout le monde de leur arrivée chez les uns et les autres. Au passage, ils s’étaient arrêtés pour embrasser tous les voisins qu’ils avaient croisés, fait quelques pas de valse avec Mme Richard, la petite vieille du rez-de chaussée, dont ils avaient fait les courses deux mois et demi durant, apostrophé tous ceux avec lesquels tous les soirs à 20 heures, ils avaient fait leur Ramdam de tous les diables, chanté « Changé la vie » de Goldman, et qu’ils avaient appris à reconnaître, soir après soir, discussions après discussions, partage après partage sur le groupe qu’ils avaient créés sur Facebook, « LeV’Oizins et Oizines de la rue de l’Olivier ».

Et puis, dès leur arrivée à proximité de l’entrée de l’autoroute nord, juste avant le tunnel de la Gare, ils s’étaient retrouvés embourbés dans un embouteillage et avaient compris que ce serait difficile de sortir de la ville. Waze tout rouge allumé, Matthieu avait tapé sur son volant en désespoir de trouver un ultime itinéraire empruntable, « Putain, c’est quoi ce merdier ! ».

C’est là qu’Elisa avait craqué, totalement disjoncté.

Le travail sur l’exploitation de l’AMAP était plutôt simple, sain, harassant parfois mais toujours stimulant et gratifiant. Tous apprenaient de nouvelles choses avec Jean-Pierre, le responsable production. Tous les soirs, Elisa et Matthieu se réjouissaient d’avoir fait ce choix, dos souvent endoloris, mains abimées, mais mines resplendissantes après leur journée passée au soleil, ou sous la pluie, bottes dans la terre poussiéreuse ou collante et boueuse. Ils avaient gardé certaines habitudes de leurs jours de confinement, notamment leur RDV Yoga en couple du soir, et c’est à présent sur la petite terrasse de la maison de village qu’ils louaient avec un autre jeune couple, Fred et Coraline, originaires de Lyon, qu’ils s’y adonnaient. Fred participait parfois, Coraline les regardait en tricotant des pulls trop larges aux couleurs des feuilles d’automne. Elle avait perdu sa grand-mère de 98 ans pendant l’épidémie, morte seule dans un EHPAD, un joli soir du mois de mai. Depuis, elle s’appliquait à retrouver les reliquats des techniques de tricot qu’elle lui avait apprise, enfant, forme d’hommage à celle qu’elle appelait Mamamita.

Sur les quelques 25 millions d’habitants qui composaient la population active française, une récente étude de l’INSEE avait estimé le phénomène dit des « Néo Cororuraux » à environ 2 millions.

Deux millions, presqu’un travailleur sur dix qui n’avait pas voulu ou pas pu reprendre sa vie d’avant, vidé son compte en banque et avait décidé d’aller vivre à la campagne, retourner à la terre, vivre chichement mais plus jamais enfermé dans un appartement, un bureau, une voiture. Quasiment le double était en maladie, inapte à une reprise du travail, en dépression, burn-out ou autre pathologie psy plus ou moins grave liée au stress collectif et individuel que la population avait subi, au deuil, à la solitude qui les avait rendus fous, aux couples qui avaient explosé, aux femmes et aux enfants qui avaient été battus. La France ne faisait pas exception, le chaos était encore plus fort dans d’autres pays. Les sociologues, psy, et autres experts en sciences comportementalistes abreuvaient le web de moultes théories explicatives, s’interrogeant sur le caractère durable de ce profond rejet des modes de vie d’avant qui prenait de l’ampleur plutôt que recesser. Les initiatives individuelles et collectives se multipliaient, désordonnées, aussi bien en ville que dans les zones rurales, AMAP, collectifs de quartier, agriculture urbaine, tous le tissu associatif était en ébullition, prenant de court une classe politique décrédibilisée, minée par les rivalités, avide de règlements de compte. L’Assemblée nationale avait été dissoute et le gouvernement avait démissionné dans les semaines suivant la victoire contre le COD 21, Macron avait nommé un gouvernement de transition multipartites, où chaque corps de la société était représenté, corps médical en tête, armée et police ensuite, et qui avait la lourde tâche d’organiser de nouvelles élections, notamment le second tour des municipales et de faire face aux multiples difficultés sanitaires, sécuritaires, économiques et sociales que le pays se devait d’affronter. Macron ne se représenterait pas, on s’attendait à une épuration du monde politique, les comptes seraient rendus ! Tandis que l’Afrique se bagarrait encore contre l’épidémie et ne comptait même pas ses morts, que toutes les frontières étaient fermées avec elle, les églises, les ONG et l’ONU appelaient le monde à l’aide et si les hommes semblaient pour une large part d’entre eux avoir découvert les vertus du collectif et de la solidarité, si des actions bénévoles diverses se multipliaient, une part non négligeable de la société se repliait sur elle-même, appelait à encore plus de fermeture et continuerait longtemps à faire des réserves de PQ et de pâtes.

Elisa avait été la première à quitter son entreprise d’import-export. Elle n’avait même pas remis les pieds au bureau, négocié la rupture conventionnelle de son contrat avec son patron Sylvain Badais, lui avait expliqué sans passion qu’elle ne voulait plus travailler sous le joug d’un patron voyou, qui, pendant que les gens se contaminaient, mourraient, se terraient chez eux, pendant que les soignants risquaient leur vie, manquant de tout, épuisés, désorientés et écœurés par l’ineptie de la gestion de la crise par le monde politique, avait sciemment bloqué trois containers emplis de masques de protection, achetés et expédiés de Chine, dès les premiers jours de la propagation du virus à Wuhan, attendant que les prix grimpent pour délivrer la marchandise. Sylvain n’avait pas épilogué très longtemps, ni même nié, trop content de se débarrasser à vil prix d’un témoin trop gênant, lui avait réglé ses deux mois de préavis, le reliquat de ses congés payés et son dernier salaire.

Matthieu venait de stopper la voiture devant la vieille grange, qui servait d’entrepôt à l’AMAP.

« Ça va, Elisa ? Tu as l’air bien songeuse ? »

Bronzé, cheveux longs ramassés en une queue de cheval retenue par un vieil élastique mauve, mal rasé, sa chemise à carreaux ouverte sur un T-shirt bleu clair à l’encolure élimée et mangé par les mites à plusieurs endroits (Qui aurait pu penser qu’un jour Matthieu, développeur informatique chez C-PACK, une start-up aixoise spécialisée dans le e-procurement, porterait une chemise canadienne à carreaux ? Songea-t-elle), il avait minci et s’était musclé tout au long de l’été. Au souvenir de leur dernière étreinte, la veille, pendant les heures encore un peu chaudes de la sieste de ce début d’automne, une décharge dans le creux de son ventre lui rappela combien elle le désirait et l’aimait. Assurément, elle ne pourrait plus jamais mettre les pieds dans un bureau et rester assise devant un ordinateur, elle préférait cueillir des fraises avec Matthieu.

A 15 heures, elle se rendrait à la convocation au commissariat de leur ancien quartier, à Marseille. Si la confrontation avec Sylvain Badais risquait d’être éprouvante, c’était la perspective de devoir reprendre l’autoroute qui l’angoissait le plus.

« Tu sais, Matthieu, je préférerais prendre le train, pour y aller tout à l’heure. »

Il caressa le volant du plat de sa main gauche, leva les yeux au ciel, puis se tourna vers elle, et pour arrêter les larmes qui commençaient à poindre dans ses yeux, il lui ouvrit large ses bras :

« Oh, mais oui, si tu veux ma douce, ma prunelle ! Allez viens faire un gros câlin à ton vieil ours qui sent le fauve ! » Elle se blottit tout contre lui, se laissant bercer tandis que la tension au fond de sa gorge semblait fondre.

« J’ai envie de toi ! lui murmura-t-elle à l’oreille

  • Oh Ba, il va falloir faire vite, alors, parce que si on doit décharger les cagettes de pommes, et ensuite passer à la maison pour se préparer et puis filer à la gare, d’autant que je ne sais pas quand il y aura un train, hein ma Prupru, on va devoir faire ça à la gaillarde !
  • A la hussarde, tu veux dire, grand gaillard ! Dans la grange ! Viens ! Ils sont tous dans les champs et je connais un tas de foin qui n’attend que nos amours empressés et pressés pour exhaler ses plus délicieux arômes ! » lui répondit-elle en riant et en commençant à enlever son t-shirt.

Isabelle D.C.

Et après ….. 

La Lada avancait lentement entre les hautes herbes, lestée des vingt caisses de pommes récoltées la veille dans le verger de la propriété.

Nous avions vécu des mois tellement difficiles dans un confinement général, mondial…Du jamais vu!

J’allumais la télé de temps en temps, pour avoir des nouvelles du monde, des soignants qui se battaient jours et nuits; épuisés et angoissés.

Me voilà avec des kilos de pommes…

Je me dirige vers la coopérative que nous avons créée il y a quelques jours avec deux amis.

Avant cette épidémie qui a semble t-il ouvert les yeux à bon nombre d’entre nous, tous les trois avions déjà des convictions: trop de matérialisme, trop de  » paraître » et de superflu; trop de pesticides et d’agriculture intensive…

Il est temps de passer à la simplicité et à la vie naturelle.

Beaucoup trop de besoins créés et pas assez d’envie.

Donc, Gentiane a des poules, une vingtaine; de belles pondeuses qui sont en liberté dans un petit champ près de sa maison.

Des céréales, des légumes et des morceaux de pain sec; elles picorent aussi de l’herbe et grattent le sol pour y trouver des vers.

Gentiane se lève tôt pour y veiller et elle veille également au petit ménage du poulailler, une fois par semaine avec de la paille fraiche.

Bien avant cette épidémie, elle a pleuré devant les images d’un reportage de poules confinées qui ne voyaient jamais le jour, blessées et meurtries, des cadavres…

Rémi m’a rejoint et m’aide aux récoltes de fruits, sans pesticides.

Il a amené son savoir- faire pour la culture de pommes de terre, de courgettes et tomates.

Nous avons fondé une mini coopérative où les habitants des villages proches peuvent s’aprovisionner.

Nous avons lançé un appel afin d’inclure dans notre groupe un fromager!

Nous espérons tous les trois une vie meilleure en toute simplicité loin du monde agité et inconscient.

Nous souhaitons du fond du coeur que peu à peu les humains prendront trés au sérieux notre vulnérabilité et l’importance d’un choix tourné vers la nature.

 » Vive le vent ; vive la vie »!

Florence B.

La Lada avançait lentement entre les hautes herbes, lestée des vingt caisses de pommes récoltées la veille dans le verger de la propriété. Ces petites pommes vestiges du passé, tout comme la Lada beige, à la chair serrée et sucrée. La terre, sa culture responsable, est revenue au centre des préoccupations des survivants, ce n’est qu’à ce prix que l’humanité pourra rejaillir de ses cendres, ils le savent et rien désormais ne les détournera de cette priorité absolue.

Cette terre tant oubliée, souillée par une culture extensive uniquement raisonnée en logique financière et économique, est une des rares choses qu’ils leur restent. Elle est la condition de leur survie, car il faut bien se nourrir mais maintenant plus à n’importe quel prix. Elle est la base, le socle de leur reconstruction, vers un nouveau modèle, à créer, qui ne pourra plus jamais être celui qui a été. La vie d’avant, temple de la surconsommation, de la compétition, du profit, des paradis fiscaux, du tout numérique, mais aussi de la précarité, de la misère, de la délinquance, de la violence, des inégalités sociales, des discriminations, du patriarcat, du sexisme, c’est terminé. L’enjeu est de taille, l’enjeu d’un nouveau monde. La tâche est immense, chaque jour est un combat.

Et c’est à tout cela qu’ils pensent, les quelques survivants passagers, quand le véhicule rejoint enfin la route défoncée qui doit les mener à l’entrepôt. Une bâtisse sommaire, construite à la va vite pour y stocker les premières récoltes depuis le big bang qui les a conduits au néant. Les traits sont fatigués, ils ont œuvré chaque jour du lever du soleil au coucher, ils ont fait cela inlassablement. Ils ont dormi sur place sous des toiles de tente de fortune. Ils doivent gérer leurs allers-retours, les ressources en carburant sont limitées, contingentées par la propriété des énergies de la région.

Il n’y a plus de distinction hommes / femmes, il y a seulement des humains, et la distribution des tâches s’effectue selon la force physique, l’âge, les compétences d’origine, les souhaits d’évolution. Des grilles avec des critères simples et compréhensibles par tous ont été élaborées de manière collaborative et participative, pour répartir le qui fait quoi dans un domaine particulier. Chaque semaine, chacun a son tour, est désigné chef de la qualité des récoltes, chef des stocks, chef de la distribution, chef des comptes, chef de la sécurité, chef de la santé, chef de la qualité de vie au travail, chef des idées, chef du bonheur …, dans un souci de polyvalence maximum, personne ne doit être essentiels, le savoir se transmet au fur et à mesure. Tout le monde touche le même salaire, un minima suffisant pour ses besoins primaires et prendre soin de sa famille. Ici, un règlement pour l’organisation de la propriété et une charte pour les bonnes pratiques et le bien-être ont été adoptés à la majorité absolue par les survivants attachés à cette propriété. Il s’agit plus de valeurs que de règles absolues et définitives. Chaque année, ils travailleront ensemble à leur amélioration, leur adaptation pour coller au plus près de leurs besoins. Ce n’est pas une tâche aisée, c’est même une sacrée organisation, et les riches sont devenus pauvres, les pauvres sont devenus riches, il va falloir assurer, garantir sur le long terme, cette parfaite égalité sociale.

C’est l’aurore, le soleil monte lentement dans le ciel pour trouver sa place au firmament. Les dernières brumes du matin s’éclipsent. Les éoliennes au loin utilisent la force du vent pour apporter une partie de l’énergie destinée aux activités et aux survivants. Un projet de panneau photovoltaïque est en cours d’élaboration, un jour peut-être, il manque encore beaucoup de choses. La lourde cargaison entourée d’une poussière naturelle, toute pollution a disparu, celle du sable, de la terre, des cailloux qui se mêlent, s’engage maintenant le long du chemin sinueux qui mène au but. Depuis plusieurs heures déjà, une foultitude d’oiseaux chante joyeusement. Chaque action que la nature propose est devenue désormais un spectacle, le spectacle du vivant. Et personne ne se lasse d’admirer mère nature, celle qui a survécu sans action de l’homme et qui offre à tous une chance incroyable.

Les visages sont fatigués mais souriants, la récolte a été bonne, elle va pouvoir s’échanger grâce au troc selon un barème fixé au niveau national, toute monnaie a disparu. Chacun est confiant maintenant, les lendemains à venir sont assurés. Chaque jour qui passe est une nouvelle victoire sur la vie. Cette vie justement qui reprend ses droits. C’est qu’un événement incroyable attend l’arrivée de l’équipe des récoltes. Le premier bébé de la propriété. Alors évidemment, il y a une grande inquiétude. Les dispositifs sanitaires sont réduits au strict minimum, la sage-femme en charge de l’accouchement est restée à la propriété, pour pouvoir accompagner la future maman le moment venu.

La Lada s’arrête, l’équipe des stocks arrive, prête à effectuer le déchargement. Mais d’abord, tout le monde s’embrasse, se congratule, se touche. Le lien social est devenu plus important que jamais. Le temps est pris pour se reconnecter, c’est le préalable et puis il faut donner des nouvelles du bébé à venir. Les premières contractions ont débuté ce matin, sans péridurale, l’accouchement se fera dans la douleur, mais peu importe le challenge est vital. Il convient d’assurer la survie de l’espèce. Et tout le monde considère que là aussi c’est un miracle à venir.

L’une des nombreuses maisonnées assez identiques, bien que chaque habitant officiellement propriétaire de sa parcelle sachant qu’aucune spéculation n’est autorisée, ait largement le droit d’y apporter sa touche créative personnelle et d’y cultiver ce que bon lui semble, est dédiée aux soins, une sorte d’hôpital de campagne à l’allure modeste. La future maman y est installée depuis ce matin. La sage-femme qui gère le lieu a égayé les extérieurs d’un parterre de fleurs, qu’elle arrose chaque matin en chantant. Il y a un maître-mot dans cette propriété, tout est doit être fait, conçu pour apporter de la légèreté, du positif envers et contre tout, les survivants ont tellement souffert. Les plaies sont encore là de ce qu’ils ont perdu, de ceux qu’ils ont perdus. Il y a encore tant de peur, d’angoisse et de douleur. Les deux psychologues qui officient sur place ont fort à faire, ils sont presque les seuls à être uniquement dédiés à cette activité, dérogation au règlement. Ils ont élaboré toutes sortes de méditation, la plus dispensée est celle de l’espoir. Elle dit à peu près ceci : « le bonheur est ici et maintenant, chaque souffle de vie est une chance, la nature nous offre sa force, la bienveillance et la solidarité sont les liens qui nous lient, la confiance et la patience sont notre avenir ».

Des naissances, il y en eu, des chiennes, des chats, les anêsses aussi ont déjà mis bas. Mais là c’est le premier bébé humain. Tout un symbole. Il sera peut-être nourri au lait d’ânesse, si la maman n’en a pas assez. C’est que la nourriture est limitée et peu variée, malgré la mise en place des jardins partagés, il y a encore des choses essentielles qui manquent. Alors tout le monde travaille sur des alternatives. Ce bébé c’est celui de la propriété, chacun a apporté sa pierre à l’édifice. De la layette a été tricotée grâce à la laine des moutons présents sur place, du mobilier en bois a été conçu avec les mains talentueuses de menuisiers. La maisonnette qui doit accueillir l’enfant a été renforcée, isolée grâce aux maçons qui ont redécouverts des techniques ancestrales. Jamais il n’a été échangé autant de services, de savoir-faire, de solidarité. Le chef des idées s’est même trouvé assailli de propositions. L’humain a retrouvé ses valeurs fondatrices. C’est doux et chaud comme un nouveau-né qui dort rassasié après sa tétée. C’est presque un bébé divin, qui est attendu, bien qu’ici dans cette mini société en reconstruction, toute croyance ou appartenance religieuse a été soigneusement écartée des valeurs communes. La terre et la nature dans son ensemble est leur seule croyance. Elle est là, bien réelle, sans équivoque, chaque être peut et doit y trouver sa place.

Pendant que le déchargement s’effectue, on entend maintenant les cris du futur accouchement, comme si l’enfant avait attendu que tout le monde soit présent. Une certaine tension devient palpable, les survivants chuchotent, comme s’il ne fallait rien perturber. Le désormais classique ballet des caisses de pommes qui passent de mains en mains s’opère dans un faux silence, la nature toute entière continue à vibrer. Elle n’a jamais renoncé, elle. Chacun s’affaire doucement à ses besognes.

Et puis, après de longues heures de suspense, un survivant apparaît à l’entrée de la maisonnée-maternité, il a dans ses bras un enfant emmailloté. Un sourire radieux inonde son visage, puis tous les visages présents, la nouvelle circule comme une traînée de poudre sur la propriété, dans les habitations, et au-delà du territoire, de la région. Elle fait le fait le tour de la planète terre en un battement d’ailes de papillon. Oui, le bonheur est ici et maintenant, C’est une nouvelle victoire de l’espèce humaine. Cet enfant, comme ceux à venir auront fort à faire pour préserver tous les équilibres, une fois les dernières étapes de la refondation durablement établies. C’est une fille, elle s’appelle Esperanza. Son père dépose à son oreille un premier message : « le bonheur est ici et maintenant, chaque souffle de vie est une chance, la nature nous offre sa force, la bienveillance et la solidarité sont les liens qui nous lient, la confiance et la patience sont notre avenir ».

Armelle L.

La reconstruction d’un « con-fini » confiné!

La lada avançait lentement entre les hautes herbes lestée de vingt caisses de pommes récoltées la veille dans le verger de la propriété. Nous étions au printemps 2021 et tout avait commencé il y a un an.

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Le 17/03/2020 à 20h le président de la république française annonçait en direct à la télévision « la Guerre »! Non pas la guerre avec d’autres pays mais la guerre contre un virus tenace « le coronavirus » . Le président ordonnait des mesures générales strictes mais nécessaires face à cette épidémie. Urgence sanitaire :Nous devions rester chez nous..

Toutes les écoles,les collèges,les lycées universités seraient fermés.

Nous n’irions plus travailler sauf dans le cas où notre présence serait indispensable.

Nous ferions l’école à nos enfants.

Tous les commerces seraient fermés en dehors des achats de première nécessité comme les denrées alimentaires

Nous ne consulterions notre médecin qu’à distance sauf cas exceptionnels.

Nous ne pourrions nous « aérer » qu’une heure dans un rayon de un km autour de notre domicile.

Notre mode de fonctionnement se trouva d’un coup ébranlé! Nous qui nous sentions si forts dans cette société dite « avançée » avec tous les moyens mis à notre disposition ..

Nous tombions de haut! Comment ne pas être surpris ? Notre orgueil en prenait un coup!

Nous allions cependant avoir du temps, le temps de réfléchir un peu plus à notre société bâtie sur  l’individualité,la rentabilité et la consommation !

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Le virus venait de Chine ,transmis par un animal « la chauve souris » qui l’avait transmis au « pangolin » qui nous l’avait transmis à nous les humains. Le virus attaquait nos voies respiratoires ; Bientôt le monde entier serait touché . Notre système économique s’effondrait . Le personnel hospitalier était débordé car de plus en plus de cas se présentaient et il n’était pas assez préparé : manque de personnel,manque de places,pas assez de masques,de gants, de désinfectants,de respirateurs bref…la situation devenait alarmante!

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Deux semaines après le début de la pandémie

Régis: »ça vient encore de ces maudites chauve souris ! il y a un an c’était « Ebola » et aujourd’hui le « Coronavirus » ça commence à bien faire qu’est ce qu’on attend pour les exterminer? »

Berthe (sa femme): »A force de détruire le milieu animal voilà où l’on en est! Les animaux se vengent ! La déforestation,l’élevage intensif etc…Moi je dis que la nature reprends ses droits! »

Régis: »ouai ça me dit pas qu’est ce qu’on va faire maintenant ! si j’allais faire des courses ,il faudrait faire des provisions non? En plus je peux plus aller bosser au resto ,je vais devenir fou! .. Et si on partait à la campagne dans la maison de ta tante Jeanne?

Berthe: »Je ne pense pas que ce soit la solution pour l’instant et puis tu veux contaminer la population rurale?Il faut patienter c’est tout ! Tiens mets toi sur le balcon et admire les oiseaux ça te fera passer le temps ,tu as remarqué ils sont de plus en plus nombreux en ce moment! »

Regis: » Normal y a moins de pollution !On peut même plus rouler en bagnole ! Tiens passe moi mon smartphone  je vais appeler ma mère que je peux même plus aller voir! J’espère qu’ils vont pas me l’euthanasier dans la maison de retraite vu la conjoncture! »

Berthe: »N’importe quoi ! Je l’ai eu hier ta mère au téléphone ,bien sûr elle souffre un peu de la solitude mais elle s’est remise à la couture ,elle va bien ,elle fabrique des masques puisqu’il y a pénurie c’est mieux que d’en porter des « made in china » non? Et au fait tu as encore oublié d’éteindre la lumière de la cuisine hier soir !Tu ne fais vraiment pas attention et c’est moi qui paye la facture!! »

régis: » oh ça va hein ça va!!! »

Berthe: »Si un jour après la pandémie nous nous retrouvons dans la maison de tante jeanne je ferai mettre un panneau solaire ! Si c’est pas rentable je m’en fou !… Tu te souviens dans les années soixante dix quand tu manifestais contre le nucléaire ? T’étais « peace and love » dans ces années là ! »

Régis (sur le balcon) : »ouai,ouai t’as vu en parlant de panneau en face la pub en vidéo pour partir dans les îles c’est ce qu’il nous faut :Partir dans les îles!!! »

Berthe: » Mais bien sûr c’est la solution! arrêtes tes bétises tu veux  ce sont des pubs pour faire rêver des andouilles comme toi et je te parles pas de ce que ça coûte!

Régis: »Rooh tu me fatigues si on ne peux plus rêver maintenant… Au fait où est parti Paul ?je ne l’ai pas vu depuis ce matin »

Berthe: »Paul se rend utile lui il est solidaire il est allé préter main forte à l’hopital puisque la fac de médecine est fermée et d’ailleurs je ne sais pas s’il va continuer ses études car il m’a parlé d’un projet… , regis: »Quoi il veut abandonner ses études ?Il voulait être médecin non? »

Berthe: »Je crois que cette crise l’a vraiment secoué et avec quelques amis il voudrait monter une coopérative . Ma tante est d’accord pour lui préter la maison ,sa copine s’occuperait de chèvres et lui et ses amis du verger et du potager . Il veut mener une action politique à sa façon en dehors du pouvoir politique.  Vendre sa production dans les hameaux alentours et sur le marché du village! »

Régis : »Quelle idée! il sait quand même que celà lui rapportera moins que médecin!!! »

Berthe: »Bien sur mais il m’a fait l’apologie d’une sobriété heureuse et il a été trés convainquant! .Le virus a déclenché un signal d’alarme dans sa tête et il nous a invité d’ailleurs à le rejoindre dans son projet si le coeur nous en dit !  Comme celà nous resterons proches toi tu démissionnes de ton boulot de serveur qui te prends la tête et on s’installe tous à la campagne qu’en dis tu?

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Et c’est comme celà qu’en ce printemps 2021 Régis au volant de sa lada allait vendre sur les marchés alentours ses vingt caisses de pommes!!!

Auteur Anonyme

« La Lada avançait lentement entre les hautes herbes, lestée de vingt caisses de pommes récoltées la veille dans le verger de la propriété ».

  • Charlie ? Il parle de quoi au juste ce livre ?
  • De quel livre parles-tu ?
  • Celui de Lydia SCHETTINI, tu sais « Les pommes du verger » !
  • Ah oui ! Ça parle du temps d’avant …

Avant ! Un mot inabordable pour moi. Je ne le comprends pas. Mon avant est arrivé bien après tout cela. Donc, je lis, je regarde de vieux films, j’écoute des personnes qui l’ont connu en parler. Mais tout me parait irréel, impossible !

Ma vie à moi est très simple. Je travaille de chez moi. Quasiment tout le monde travaille de chez soi. Je commande mes courses de mon téléphone et un drone vient les livrer.

Pour tout ce qui est médical, nous avons des centres de santé. Nous y sommes reçus et soignés par des androïdes. Ils sont d’une efficacité inégalable. De ce que je sais, les Hommes n’excellaient jamais jusqu’à la perfection dans toutes leurs opérations chirurgicales.

Nous vivons entièrement connectés ; nos vies sont digitalisées. Certains disent que ça nous a recentrés sur nous-mêmes et nos proches. Apparemment, avant les familles étaient éparpillées entre école, travail, courses, loisirs et stress. Ils étaient tellement épuisés qu’ils ne se parlaient plus entre eux.

Tout cela me semble si irréel. C’est difficile d’appréhender toutes ces choses que l’on n’a pas connu. Afin d’en percer le mystère antique, je reprends ma lecture.

« Il y avait Thomas qui travaillait au verger. Il était beau, athlétique et sa peau bronzée renvoyait les rayons du soleil. Un seul regard de sa part et mon cœur fondait. »

Tous ces sentiments décrits dans ce livre étaient de l’ordre du mystique pour moi. Mais la plume de cette Lydia était tellement poétique qu’elle m’embarquait vers des lieux inconnus.

  • Dis, Charlie ! Tu as été amoureux toi ? Comme c’est ?
  • Euh … eh bien … C’est-à-dire que … Hum, je ne suis pas sûr que parler du passé soit utile. De plus, il y a tant de choses que tu ignores que tu ne pourrais pas comprendre.
  • Justement Charlie, j’essaye.
  • Ah quoi bon, de toute manière cela ne sert plus à rien. Ce mode de vie a été épuisé.

Il me disait souvent cette phrase et pourtant, je ne comprenais pas vraiment ce qu’il voulait dire « ce mode de vie a été épuisé … ».

Une fois par mois, je sortais en ville pour visiter les musées. Aujourd’hui, c’était « la boulangerie » ; un lieu où on fabriquait du pain et des gâteaux.

Je mettais mon casque et activais le son. Une voix métallique résonnait. Je réglais le volume et avançais au rythme des explications. Toutes ces machines étaient fascinantes ; le pétrin, le four … j’avançais à l’endroit où on façonnait les croissants quand je sentis un souffle dans mon cou. Etrange, je pensais être seule. Personne ne venait jamais visiter les musées. Je me retournais et rien ; personne à l’horizon. C’était sans doute un courant d’air. Je continuais donc ma visite et là, un effleurement. Ma joue a été touchée. Coup de tête à droite, à gauche, derrière ; personne. Je commençais à ressentir une émotion jusqu’alors inconnue ; la peur, enfin je crois. Je me sentais seule, fragile et vulnérable. Un frisson me parcourait l’échine et mon cœur tambourinait de plus en plus fort. J’enlevais mes écouteurs et me dirigeais vers la sortie, quand un homme se dressa devant moi. D’abord paralysée, je cru le reconnaitre.

Il était beau, musclé et sa peau était dorée …

Sandra R.

La Lada avançait lentement entre les hautes herbes, lestée des vingt caisses de pommes récoltées la veille dans le verger de la propriété. Malcolm, le conducteur, avait très mal au dos malgré ses quarante ans. Il aurait aimé qu’Aleksander puisse conduire à sa place, mais le jeune homme avait les mains bandées parce qu’il avait reçu une caisse de pommes dessus.

  • Espèce d’idiot, grommela Malcolm, si tu voulais te rendre utile, tu n’avais qu’à ne pas casser ce stupide collier autour de ton cou.
  • N’insulte pas la mémoire de ma mère, s’énerva Aleksander, si elle était encore là, elle t’aurait donné une bonne gifle.
  • Oui, c’est dommage qu’elle soit morte.
  • Et c’est dommage que tu sois aussi grande gueule, Malcolm.
  • Sale gamin, va.

Ils continuèrent la route en silence. Aleksander ouvrit la fenêtre pour y passer sa tête, il respira l’air qui l’aidait à combattre sa nausée sur une route bringuebalante, le béton ne lui manquait pas. Il ouvrit ses yeux vairons sur des champs de pêches de vigne, et il se disait que seuls les fruits, les arbres et la nature entière n’avaient pas connu l’épidémie qui avait frappé le monde il y a douze ans. Tout d’abord, ça a frappé l’Europe, c’était comme la peste à part quelques symptômes : de la fièvre, une soudaine baisse de température corporelle, une espèce de tuberculose aigue, puis, le malade qui contractait ces symptômes dans la semaine n’avait plus faim, il devenait anorexique avant de mourir. Ça a ensuite frappé les Amériques jusqu’à ce que tous les continents soient touchés par cette épidémie.

Aleksander n’avait que huit ans lorsque c’est arrivé, c’était la fin du monde. Sa mère était une belle femme, elle travaillait en tant qu’infirmière quand elle a contracté la maladie, elle est morte peu après un long combat en essayant de manger même si son estomac le refusait. Son père et lui l’ont enterrée au fond du jardin pour la laisser en paix. Le père d’Aleksander possédait des champs entiers de pommiers de tous genres et sa famille était la plus riche de toute la contrée de la vallée de San Joaquin. Depuis qu’Aleksander avait treize ans, il travaillait avec l’ami de son père, un fermier nommé Malcolm, pour récolter les pommes et faire fuir d’un tir de carabine à plomb les petits voleurs qui volaient leurs pommes en une nuit. Après les récoltes, ils allaient dans un grand marché où tout le reste d’agriculteurs et de fermiers vendaient leurs récoltes pour quelques dollars à des habitants de Californie, de New-York et même du Nevada. Malgré tout, l’argent avait encore de la valeur même s’ils avaient failli tous y passer.

Pour Aleksander, c’était presque comme un long rêve qui ne finirait jamais. Douze ans après, l’épidémie semble s’être calmée avant de disparaître avec ses cinq milliards de morts et le reste du monde recommença à zéro. Plus de politique, les cours par internet ou par livre pour les plus pauvres, les villes fantômes étaient vides depuis longtemps et plus personne n’habitait ces grands gratte-ciels froids. Il regarda ses mains toutes tremblantes sous le crépuscule d’été. Des traces rouges bordaient le blanc du bandage pour le décorer, ses paumes étaient poussiéreuses puisqu’il était tombé par terre lui aussi. Sur ce, il épousseta ses paumes sur son jean tout en ne faisant pas attention à Malcolm qui lui criait de s’épousseter dehors. Soudain, il vit quelque chose bouger dans la forêt et il ordonna Malcolm de s’arrêter. Lorsqu’il fit ce que le fils de son ami lui demandait, Aleksander prit la carabine et il sortit de la voiture en se voûtant. Malcolm fronça les sourcils pour apercevoir le jeune homme caché par les champs de blé abandonné par un propriétaire qui était lui aussi mort de l’épidémie, en y regardant bien au loin, il vit enfin ce que voyait Aleksander, un troupeau de biches s’aventuraient près d’une clairière cachée par les branches denses de la forêt. Malgré sa chemise blanche, les biches ne voyaient pas Aleksander, pire, elles ne le sentaient même pas dans le champ de blé. Lorsqu’il se sentit assez près du troupeau, Aleksander se mit à genoux, arme dégainée, prêt à tirer, ses cheveux roux dépassaient un peu ce qui alerta une biche, mais elle le confondit avec une herbe sauvage et elle recommença à brouter. Soudain, un énorme cerf sortit d’un buisson, Aleksander l’avait dans sa ligne de mire, son œil bleu savait quand tirer tandis que son œil droit, qui était noisette, surveillait le cerf et les biches. Malcolm retint son souffle et fit surpris lorsqu’Aleksander tira d’une façon réfléchie. La détonation ne fit pas plus de bruit qu’un feu d’artifice, les biches couraient loin de la clarière tandis que le cerf tomba à terre. Aleksander se leva avec une grande joie avant de se diriger vers le cerf qui venait de perdre son dernier souffle.

  • Malcolm ! appela Aleksander. Viens m’aider s’il te plait !
  • Attends gamin ! J’arrive tout de suite !

Malcolm remonta dans la Lada et il entra dans le champ jusqu’à s’arrêter à quelques mètres du corps du cerf. Puis, il descendit à terre et il prit les bois du cerf pour pouvoir soulever et porter sa tête tandis qu’Aleksander enroulait ses bras autour du ventre. Ils le portèrent difficilement avant de le poser derrière les caisses des pommes et de le cacher sous une bâche très lourde. Ils reprirent la route sans regretter leur action, après tout, la viande au supermarché est si rare, les fermiers préfèrent conserver les vaches et les moutons plutôt que les poules ou les bêtes sauvages comme les cervidés. Ils rentrèrent au domaine alors que la nuit était presque tombée, Malcolm se chargea de prendre les caisses tandis qu’Aleksander fut accueilli par son père, un grand homme très stable qui avait au bout de son menton un bouc blond comme ses cheveux. Il regarda son fils s’approcher avec les paumes ouvertes et il vit qu’il était blessé. Cependant, il lui accorda du repos puisque la récolte était terminée. Aleksander lava ses plaies à l’eau du robinet de la salle de bains, du sang s’échappait encore, mais ses plaies étaient déjà bien cicatrisées, il fallait juste changer le pansement et tout irait bien.

Oui, tout irait bien, même si une toute petite fièvre rendrait sa présence inutile, même si un froid frissonne dans sa nuque, même si Aleksander serait enfermé dans sa chambre, tout irait bien parce que le monde continue toujours de tourner même s’il partirait. Sa mort rendrait son père triste pour sûr, mais Malcolm s’en ficherait peut-être et ce n’était pas rien pour Aleksander.

Camille V.

Pépins de vie (cliquer sur le titre pour accéder au ficher)